Le profil énergétique de la restauration : élec et gaz indissociables
Un restaurant traditionnel consomme en moyenne entre 50 000 et 150 000 kWh d'électricité par an, selon sa surface et son équipement. À cela s'ajoute le gaz, entre 30 000 et 100 000 kWh selon le type de cuisine et l'intensité du service. Pour une brasserie ou un restaurant de volume, ces chiffres doublent facilement.
L'électricité alimente le froid (chambres froides, vitrines réfrigérées), la ventilation, l'éclairage et de plus en plus les fours mixtes et plaques à induction. Le gaz reste dominant pour les fourneaux, les pianos de cuisson et les chaudières de chauffage. Ces deux postes évoluent sur des marchés distincts avec des dynamiques de prix différentes.
Pour un restaurant gastronomique ou une chaîne de restauration rapide, la gestion énergétique est un enjeu de compétitivité directe. Une différence de 10% sur la facture annuelle peut représenter 5 000 à 15 000 euros d'économies — l'équivalent de plusieurs semaines de bénéfice net pour beaucoup d'établissements indépendants.
Les profils de consommation les plus intenses en gaz — pizzerias, restaurants asiatiques à wok, crêperies — sont aussi les plus sensibles aux fluctuations du marché TTF. Leur exposition est structurelle : on ne remplace pas un four à gaz du jour au lendemain.
Le TTF et le prix du gaz : comprendre la volatilité pour s'en protéger
Le TTF (Title Transfer Facility) est le marché de référence européen pour le gaz naturel. C'est à partir du TTF que les fournisseurs construisent leurs offres aux professionnels français. Quand le TTF monte, vos offres indexées montent avec lui — sans délai.
En mars 2026, le TTF spot se négocie autour de 51 €/MWh. Ce niveau est loin du creux de 2020 (sous 10 €/MWh) mais aussi en dessous des pics de 2022 (plus de 300 €/MWh). Le marché est entré en backwardation : les contrats à terme pour 2027 (CAL 2027) se négocient autour de 36 €/MWh, ce qui reflète une anticipation de détente.
Pour un restaurateur, cela se traduit concrètement par deux réalités. Signer un contrat à prix fixe sur 2026 revient à figer un niveau encore élevé. En revanche, attendre pour acheter 2027 à terme peut être pertinent si votre contrat actuel arrive à échéance en fin d'année. wattExpert suit ces courbes en temps réel et vous conseille sur le bon moment pour fixer vos prix.
Un contrat entièrement indexé TTF est risqué pour la restauration : vous n'avez aucune visibilité sur vos charges futures et vous ne pouvez pas adapter votre prix de vente en conséquence. Une formule hybride — 60 à 70% de volume fixé à terme, 30 à 40% indexé — offre un compromis entre protection et flexibilité.
ATRD 7 : la hausse de l'acheminement gaz en 2026
L'ATRD (Accès des Tiers aux Réseaux de Distribution de gaz) est le tarif d'utilisation du réseau de gaz, équivalent du TURPE pour l'électricité. Sa 7e période tarifaire, entrée en vigueur en 2025, prévoit une hausse de 6,1% sur les charges d'acheminement.
Cette composante représente entre 25 et 35% de votre facture totale de gaz selon votre profil de consommation. Elle est non négociable — tous les fournisseurs la répercutent à l'identique. Ce qui est négociable, c'est la marge commerciale du fournisseur et les conditions d'indexation sur la partie fourniture.
Pour un restaurant qui consomme 60 000 kWh de gaz par an, la hausse ATRD 7 représente environ 100 à 150 euros de surcoût annuel sur la seule composante acheminement. Ce n'est pas massif, mais cumulé avec la hausse des prix de fourniture, l'effet global sur la facture 2026 peut dépasser 15 à 20% par rapport à 2024.
Fin de l'ARENH : impact sur l'électricité de votre restaurant
La fin de l'ARENH au 31 décembre 2025 touche aussi directement la restauration. Avant 2026, une partie de l'électricité vendue par les fournisseurs alternatifs provenait du nucléaire à prix régulé (42 €/MWh). Ce bouclier a disparu : les fournisseurs se couvrent désormais entièrement sur les marchés de gros.
Résultat : les prix de fourniture électricité 2026 intègrent un surcoût de 6 à 7 €/MWh. Pour un restaurant qui consomme 80 000 kWh d'électricité par an, c'est 480 à 560 euros de surcoût annuel sur la seule fin de l'ARENH. Ajoutez la hausse TURPE 7 (+7,7% sur l'acheminement) et la facture totale progresse mécaniquement, même sans changer de fournisseur.
La mise en concurrence n'est donc pas optionnelle. Un fournisseur qui n'a pas été challengé depuis 2 ou 3 ans a conservé ses marges initiales — parfois calculées en période de faible concurrence — sans les réviser. Une consultation du marché actuel permet d'identifier les offres les plus compétitives sur votre profil exact de consommation.
Questions fréquentes
Peut-on avoir un seul contrat pour l'électricité et le gaz ?
Oui. Plusieurs fournisseurs proposent des offres dites 'dual fuel' qui couvrent à la fois l'électricité et le gaz sous un contrat unique, avec une seule facture et un seul interlocuteur. Cette formule simplifie la gestion et peut offrir une légère remise commerciale sur l'un ou l'autre des postes. Attention cependant : le meilleur fournisseur pour l'électricité n'est pas forcément le plus compétitif sur le gaz. wattExpert compare les deux hypothèses — offre combinée vs fournisseurs séparés — avant de recommander.
Les prix du gaz TTF vont-ils rester élevés en 2026 ?
Le TTF spot s'établissait autour de 51 €/MWh en mars 2026, avec un pic à plus de 65 €/MWh en janvier. Les contrats forward CAL 2027 se négocient autour de 36 €/MWh, ce qui reflète une structure de marché en backwardation : les marchés anticipent une détente des prix à moyen terme. Pour un restaurateur, cela signifie qu'un contrat à prix fixe signé maintenant sur 2026 capte encore des niveaux élevés. Attendre 2027 ou sécuriser des blocs forward sur cette échéance peut être une stratégie pertinente selon votre profil de risque.
Comment calculer la part de l'énergie dans mes charges totales ?
Additionnez vos factures d'électricité et de gaz sur 12 mois, puis divisez par votre chiffre d'affaires annuel. La moyenne en restauration traditionnelle se situe entre 4 et 7% du CA, avec des pics à 10% pour les établissements à forte intensité gaz (pizzerias, boulangeries-sandwicheries). Si votre ratio dépasse 6%, une renégociation des contrats et un audit de consommation sont prioritaires. Pour une cuisine de collectivité, le ratio peut grimper au-delà de 8% selon les équipements.
Peut-on sortir d'un contrat gaz avant son terme si les prix baissent ?
Cela dépend des clauses de votre contrat. Les contrats à prix fixe comportent généralement des pénalités de sortie anticipée, calculées sur la différence entre le prix contractuel et le prix de marché à la date de résiliation, multipliée par les volumes restants. Certains contrats indexés ou semi-fixes incluent des fenêtres de sortie trimestrielles. Avant de signer, négocier une clause de sortie partielle ou de révision annuelle est toujours préférable — wattExpert intègre ces clauses dans les appels d'offres qu'il pilote pour ses clients.